L'une après l'autre, les enseignes, très investies médiatiquement, prennent position contre le projet d’interdiction de la publicité grand public. 

Lui qui prend rarement la parole a décidé de faire entendre sa voix. Laurent Lévy, PDG d’Optical Center et administrateur du Rassemblement des Opticiens de France (ROF), réagit avec inquiétude au projet d’interdiction de la publicité grand public dans les secteurs de l’optique et de l'audition. Ce scénario serait « une erreur majeure », juge-t-il. « Dans un pays où il manque plusieurs milliers d’ophtalmologistes, nous devons au contraire encourager les Français à faire contrôler leur vue. La communication sur l’examen de la vue chez l’opticien participe à cette démarche de prévention et peut contribuer à identifier des troubles nécessitant une prise en charge médicale. Réduire cette information, c’est prendre le risque de retarder le dépistage de nombreuses maladies et l’équipement d’une partie de la population. »

L’emblématique fondateur d’Optical Center considère comme ses confrères des autres enseignes que la communication participe, pour les Français, au libre jeu de la concurrence : la publicité permet « de connaître les offres, de comparer les prix et de mieux comprendre les dispositifs de prise en charge. Réduire cette visibilité, c’est limiter leur capacité à faire jouer la concurrence et à s’équiper au meilleur coût. » Et l’intéressé de souligner aussi « le risque de freiner la connaissance du 100 % Santé ». « Il serait paradoxal d’avoir mis en place un dispositif destiné à améliorer l’accès aux équipements tout en limitant fortement la possibilité de le faire connaître. En matière d’audition notamment, nous avons encore un enjeu considérable d’équipement et de prévention », avance ainsi Laurent Lévy. 

Tout aussi préoccupée que d’autres réseaux nationaux, l’enseigne Optic 2000 aussi se positionne sur ce sujet, pointant d'abord « une mesure radicale, présentée sans concertation préalable avecla filière, [qui] risque d'avoir des effets exactement inverses à ceux recherchés. En supprimant la publicité, c'est un outil d'information essentiel pour les patients qui disparaît : prix, services, garanties, innovations seront moins visibles. C'est le client qui y perd, avec une liberté de choix réduite et un pouvoir d'achat amputé », fait valoir la coopérative.

En plus d'insister, étude à l’appui, sur le fait que l’optique est un marché de prescription et non un marché d’impulsion, l'enseigne redoute par ailleurs les conséquences que pourrait avoir une interdiction de la publicité sur la vie économique locale : « Dans un contexte où les pouvoirs publics appellent à la "revitalisation des centres-villes", où la désertification commerciale et médicale frappe déjà de plein fouet les territoires ruraux et périurbains, une mesure qui réduirait la visibilité et la fréquentation de ces commerces de santé paraît contre-productive », s'alarme par anticipation Optic 2000. Surtout, l’enseigne considère que les pouvoirs publics disposent déjà de tout un arsenal pour veiller à la meilleure régulation possible de l'écosystème publicitaire : « La publicité en optique est déjà encadrée par de nombreux textes et réglementations. La bonne réponse consiste à contrôler les pratiques et à sanctionner les abus. Pas à supprimer toute possibilité de publicité pour l'ensemble d'une filière. »

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