
Pourquoi tant d’opticiens renoncent-ils encore à l’adaptation des lentilles ?
Alors que le marché des lentilles de contact reste un levier de croissance pour les magasins d’optique, une large partie des opticiens continue de ne pas proposer l’adaptation en magasin. Issu de nos études, le graphique ci-dessous met en lumière une réalité souvent méconnue : les freins sont avant tout structurels et organisationnels, bien plus que commerciaux.
Le premier enseignement est sans appel. 85 % des opticiens interrogés estiment ne pas disposer des équipements ou des compétences nécessaires pour pratiquer l’adaptation des lentilles. Un chiffre qui révèle un besoin important de formation et d'accompagnement. L'adaptation apparaît encore comme une activité spécialisée, difficile à intégrer dans le fonctionnement quotidien de nombreux points de vente.
À ce premier obstacle s'ajoute une contrainte tout aussi forte : le manque de temps. Là encore, 85 % des répondants expliquent que leurs équipes sont déjà mobilisées sur d'autres missions et ne peuvent dégager le temps nécessaire. Dans un contexte où les magasins doivent répondre à des exigences croissantes en matière de conseil, de vente et de services, l'adaptation des lentilles est souvent perçue comme une activité chronophage.
Le graphique met également en évidence un frein plus institutionnel. 79 % des opticiens déclarent que les ophtalmologistes de leur secteur ne voient pas favorablement le fait qu'ils réalisent eux-mêmes les adaptations. Cette perception traduit une relation parfois complexe entre les deux professions et contribue à limiter le développement de cette pratique.
Plus surprenant encore, 77 % des répondants pensent que la réglementation ne les autorise pas à pratiquer l'adaptation des lentilles de contact. Ce résultat soulève une question essentielle : existe-t-il un déficit d'information sur le cadre légal ou une réelle ambiguïté réglementaire ? Dans les deux cas, cette perception constitue un frein majeur au développement du service.
L'aspect économique n'est pas absent du débat. Près de trois quarts des opticiens (74 %) jugent que l'activité n'est pas suffisamment rentable pour justifier les investissements en matériel, en formation et en temps de travail. Cette perception interroge le modèle économique de l'adaptation, alors même que les lentilles représentent un marché récurrent et fidélisant.
En revanche, un résultat nuance fortement l'idée d'un désintérêt pour ce segment. Seuls 49 % déclarent que les lentilles de contact ne les intéressent pas. Autrement dit, plus de la moitié des opticiens restent potentiellement ouverts à cette activité si les principaux obstacles, précédemment mentionnés, venaient à disparaître.
Au final, ce graphique raconte une histoire différente de celle que l'on pourrait imaginer. Les opticiens ne semblent pas rejeter l'adaptation des lentilles par manque d'intérêt, mais parce qu'ils estiment ne pas disposer des conditions nécessaires pour l'exercer sereinement. Formation, organisation, clarification réglementaire et démonstration de la rentabilité apparaissent comme les véritables leviers d'évolution. Dans un contexte où les enseignes cherchent à enrichir leur offre de services et à renforcer la fidélisation de leur clientèle, lever ces obstacles pourrait constituer un enjeu stratégique majeur pour l'ensemble de la filière...

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