Les réalités touchant la santé des femmes dans le cadre professionnel sont encore trop largement ignorées, alors même qu’elles ont un impact significatif sur leur carrière. La branche de l’optique-lunetterie s’est emparée du sujet, nous fait savoir la Fédération nationale des opticiens de France, qui fait écho à une enquête bien documentée menée par AG2R La Mondiale.

Nul n’ignore que les métiers de la santé se féminisent toujours plus. L’optique en est un très bon exemple, qui affiche 68 % de femmes dans ses rangs et un âge moyen autour de 33 ans. Le sujet de la santé des femmes au travail constitue donc une problématique d’autant plus importante qu’elle « influence concrètement les conditions d’exercice, les parcours professionnels et le maintien en emploi », souligne la FNOF qui nous indique avoir porté le sujet au niveau de la branche. C’est ainsi que la Commission paritaire permanente de négociation et d'interprétation (CPPNI, une instance qui facilite le dialogue social) se penche depuis peu sur cette question dans le cadre plus large de l’adaptabilité des conditions de travail et de toutes les formes de vulnérabilité. Dans ce contexte, il faut prendre connaissance d’une enquête que l’AG2R La Mondiale a produite, forte de la participation de 8 000 répondantes, principalement salariées des secteurs de l’alimentaire, du soin et du lien social. Certes, le domaine de l’optique n’y est pas spécifiquement abordé, mais il y a aucune raison de penser que le vécu, et donc les résultats, soient différents s’agissant des opticiennes. Cela permet « d’objectiver les réalités de la question de la santé des femmes au travail », se félicite la FNOF qui relaie cette étude riche d’enseignements. 

Concrètement, on y apprend ainsi que 83 % des femmes sont gênées par leurs règles au travail. 70 % - un chiffre qui devrait interpeller - estiment même que leurs douleurs sont liées à leur activité professionnelle. Il ressort également de ce sondage que la moitié des femmes constate un impact de la périménopause ou de la ménopause sur leur travail. Autrement dit, ces réalités peuvent affecter l'état de forme, la concentration et l’organisation du travail, tout au long d'une carrière. D’ailleurs, certaines difficultés s'additionnent dans le temps. L’enquête met ainsi en lumière un effet cumulatif des désagréments psycho-physiologiques : près de 60 % des femmes font le lien entre leur santé mentale et leur travail. 43 % de celles qui souffrent de douleurs chroniques présentent aussi des symptômes dépressifs et quasi 20 % déclarent des difficultés à concilier soins médicaux et activité professionnelle…

Au vu de ces différentes données, les 8 000 femmes interrogées expriment de fortes attentes qui portent avant tout sur la reconnaissance des situations vécues. En clair, il s’agit de lever ce qui s’apparente encore à des non-dits dans le monde du travail. Seulement voilà, mettre des mots sur les maux reste difficile : à peine 22 % des femmes se sentent à l’aise pour parler de santé féminine sur leur lieu de travail. Moins d’un quart estime que son entreprise prend sérieusement en compte ces enjeux. L’enquête indique encore qu’1 femme sur 3 a déjà adapté ou changé son parcours professionnel pour des raisons de santé. Bref, aux employeurs d’ouvrir aujourd'hui les yeux sur des problématiques qu’ils ne veulent peut-être pas voir et qui demandent pourtant à être regardées à la loupe. La Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD), partie prenante de cette enquête de l’AG2R, ne dit pas autre chose : « L'approche sexuée de la prévention des risques professionnels, longtemps restée un tabou, est en train de tomber ». 

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