Décrochage scolaire : une mauvaise vue peut-elle être en cause ?
Sur fond de publication alarmante des résultats de l’édition 2026 du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (Pisa), le Syndicat autonome des orthoptistes de France attire l’attention sur la nécessité d’une vision optimale dans l’acquisition des connaissances. D’où l’importance d’un dépistage visuel précoce à grande échelle.
Y a-t-il une corrélation entre échec scolaire et mauvaise vision ? Par la voix de sa présidente Mélanie Ordines, le Syndicat autonome des orthoptistes de France (SNAO) pose la question. « Les résultats de l'enquête Pisa 2026, publiés le 8 septembre par l'OCDE, confirment un décrochage préoccupant des élèves français en lecture et en mathématiques. Pendant que le débat se concentre sur les méthodes pédagogiques et les moyens alloués à l'Éducation nationale, nous rappelons un facteur trop souvent ignoré : un enfant qui voit mal ne peut pas apprendre à lire, ni compter, dans de bonnes conditions », met en avant la porte-voix de l’instance syndicale. Établi sur des données 2025, le Programme international pour le suivi des acquis des élèves, qui a évalué plus de 760 000 élèves de 15 ans dans 91 pays, voit en effet la France pointer à la 27ᵉ place du classement général.
Cette médiocre position reflète une dégradation continue du niveau des élèves. Pour le SNAO, donc, la dimension de la vision reste un angle mort dans l’interprétation actuelle d’un constat alarmant de décrochage scolaire : « Lire, écrire, copier au tableau, suivre une démonstration mathématique reposent sur une fonction visuelle mature et bien corrigée - mais pas seulement sur une bonne acuité. Ces gestes mobilisent aussi des compétences neurovisuelles plus larges : coordination des deux yeux, maintien du regard sur une ligne, mouvements oculaires précis d'un mot à l'autre, coordination œil-main pour écrire. Un enfant peut très bien voir net sur un tableau de lettres et présenter malgré tout un trouble neurovisuel qui perturbe durablement sa lecture ou son geste graphique. C'est tout l'enjeu du bilan orthoptique : vérifier la vue et évaluer le retentissement fonctionnel réel de ces troubles sur la capacité de l'enfant à lire, écrire et compter en classe. »
Et Mélanie Ordines de faire état du retour terrain du dispositif Dépistage Prévention Orthophonie et Orthoptie, abrégé DP2O, qui organise depuis 2021 un dépistage de la vue par des orthoptiste à l’école, en classe de petite section de maternelle : les troubles visuels concernent 24 % des enfants en 2025 (7 % pour les troubles du langage). Près de 40 000 enfants ont bénéficié d'un dépistage visuel dans ce cadre sur la seule année 2025-2026. L’amplification de ce dispositif préventif, encore mal connu, pourrait-il permettre la détection précoce de problèmes de vue chez certains enfants ? Le SNAO le croit, et appelle de ses voeux l’intégration du facteur neuro-visuel dans les futurs plans de lutte contre l’échec scolaire. « On ne peut pas parler sérieusement de niveau scolaire sans parler des yeux de nos enfants. Un enfant qui voit mal n'est pas un enfant qui n'y arrive pas : c'est un enfant qu'on n'a pas encore regardé comme il faut. Le bilan orthoptique a fait la preuve de son utilité : un trouble visuel corrigé à temps, c'est un obstacle en moins sur le chemin de la lecture et des mathématiques. Il ne manque plus que la volonté de le déployer partout, tout de suite ». Demain, les pouvoirs publics feront-ils de la vision un axe prioritaire de prévention ? C'est en tout cas une piste à suivre, parmi d'autres, pour remonter (un peu) au classement Pisa...
À lire aussi sur Fréquence Optic :
Difficultés de lecture chez les jeunes : "Nos opticiens les constatent au quotidien" (Atol)
Pour recevoir les dernières infos, inscrivez-vous à notre newsletter
