Informée de la présence d’une borne de commande de lentilles directement au sein d’un cabinet d’ophtalmologie, l’Association des optométristes de France désapprouve l’existence d’un tel dispositif dans une structure médicale. Contacté par la rédaction, le Syndicat national des ophtalmologistes de France donne sa position… tout en adressant quelques piques. 

C’est une borne qui, aux yeux de l’Association des optométristes de France (AOF), fait débat et pose question : « La présence d’un dispositif de commande [de lentilles] directement intégré dans une structure médicale est susceptible de créer, aux yeux du patient, une confusion entre acte médical, recommandation professionnelle et orientation commerciale », pouvait-on lire hier dans un communiqué de Thibaud Thaëron, à la tête de l’AOF, qui s’interroge ainsi « sur le cadre réglementaire et déontologique applicable à ce type de pratique et sur sa compatibilité avec les principes d’indépendance et de libre choix du patient habituellement mis en avant dans l’organisation des parcours de soins ». 

Pour nous éclairer sur ce sujet qui mérite des « clarifications » selon l’AOF, la rédaction a sollicité le Syndicat national des ophtalmologistes de France (SNOF). Son président, le Dr Dedes, nous a répondu aujourd'hui : « Ne connaissant pas les conditions exactes des relations entre le cabinet d’ophtalmologie [où se trouve ladite borne_ndlr], les créateurs de cette borne et la société commercialisant les lentilles, il est difficile actuellement de fournir un avis éclairé », déclare d’abord en toute transparence l’intéressé. « Toutefois le code de déontologie est clair, il interdit tout compérage ou toutes pratiques commerciales au sein d’un cabinet médical. À la différence des opticiens, les ophtalmologistes ont des règles professionnelles strictes et un Conseil de l’ordre », poursuit le porte-voix du SNOF non sans égratigner au passage la profession d'opticien. Et de s'étonner par ailleurs de « l’indignation à géométrie variable de l’AOF » [qui] est un fervent soutien de certaines pratiques de téléexpertise en magasin d’optique sans examen médical du patient qui ont pour finalité essentielle d’augmenter le chiffre d’affaires du point de vente ». Nouveau coup de griffe… 

Puis le SNOF recentre son propos sur la question de la borne : « Puisque l’AOF semble se souvenir de l’importance de la déontologie médicale, je lui conseille d’interpeller officiellement le Conseil départemental de l’Ordre des médecins du cabinet, ainsi que la commission de l’exercice professionnel du Conseil national de l’Ordre des médecins. C’est à ces instances, qui peuvent être saisies par tous, de donner un avis sur cette pratique. En revanche, la réglementation n'interdit pas la mise de borne d'accès à internet au sein d'un cabinet médical. » Dans la réponse qu’il nous a faite, le Dr Dedes tient vraiment à élargir la focale bien au-delà de la question de cette seule borne : « Le développement des dérives en télémédecine, l’absence de réactivité des autorités pour contrôler et sanctionner favorisent de mauvaises initiatives (bien souvent au prétexte de l’accès aux soins). En absence de positionnement clair rapide, nous verrons peut-être apparaitre des "corners optiques" dans des cabinets médicaux, ce qui nous semble incompatible avec les règles de bonnes pratiques médicales. » 

Pour recevoir les dernières infos, inscrivez-vous à notre newsletter