Téléexpertise optique : trop de "dérives" selon le SNOF, qui réclame un encadrement renforcé
Le syndicat des ophtalmos continue de voir rouge contre certains acteurs de la téléexpertise en optique. Dénonçant des « dérives » et des « pratiques susceptibles de s’affranchir des exigences médicales et déontologiques », il demande aux autorités « un cadre clair ». Et déclenche, en interne, différentes procédures disciplinaires.
Le bras de fer du Syndicat national des ophtalmologistes de France (SNOF) avec certains acteurs de la téléexpertise en optique se poursuit. En témoigne un nouveau communiqué dégainé ce jour par son président, le Dr Vincent Dedes, qui entend alerter les autorités sur « des pratiques susceptibles de s’affranchir des exigences médicales et déontologiques indispensables à la sécurité des patients ». De quoi s’agit-il exactement ? Le syndicat fait d'abord état - ce sont des estimations, précisons-le bien - de quelque « 5 000 patients ayant obtenu une ordonnance optique via certains dispositifs de téléexpertise [qui] sont atteints d’un glaucome qui n’a pas été dépisté et pourraient ainsi rester non traité ».
Mais ce n’est pas tout : l’instance syndicale émet de sérieuses suspicions à propos d’un possible « usage détourné du forfait lentilles ». Ce qui nourrit sa défiance, c’est l’analyse comparée de deux sources non-concordantes : « 30 à 40 % des prescriptions réalisées via certains dispositifs de téléexpertise concerneraient des lentilles de contact, soit une proportion quatre à cinq fois supérieure à celle observée en consultation présentielle. Un écart qui interroge sur les conditions de prescription, alors que les lentilles nécessitent une évaluation médicale adaptée. Selon la DREES, les dépenses consacrées aux lentilles correctrices ont atteint 861 millions d’euros en 2024. Un montant qui contraste avec les données du groupe Contactologie du GIFO (Groupement des Industriels et Fabricants en Optique), qui évalue à environ 400 millions d’euros le chiffre d’affaires du marché des lentilles. Cet écart suscite les interrogations du GIFO sur la correspondance entre les dépenses remboursées et les achats effectivement réalisés », avance le Dr Dedes qui ne s’arrête pas là.
Il pointe par ailleurs l’habillage vertueux d’une logique commerciale qui, selon lui, ne dit pas son nom. Cartographie à l'appui (voir ci-dessous), il en veut pour preuve la localisation des téléexpertises de deux praticiens, à titre d'exemple : « La téléexpertise optique est régulièrement présentée comme une réponse aux difficultés d’accès aux soins. Pourtant, la majorité est réalisée dans de grandes métropoles, notamment Paris, Marseille, Toulouse ou Lyon, et non dans les territoires où les besoins en matière d’accès aux soins sont les plus importants. Pour le SNOF, le recours à la télémédecine doit avant tout répondre à un besoin médical et territorial identifié, et non se développer indépendamment de la réalité de l’offre de soins. Ces solutions sont essentiellement utilisées à visée commerciale pour des magasins installés en zone concurrentielle », argumente, résolument offensive, l’organisation professionnelle.
Dans ce contexte, le syndicat des ophtalmos réclame aux pouvoirs publics un cadre plus strict. Il demande « la mise en place d’un agrément obligatoire des sociétés pratiquant la téléexpertise, sur le modèle de celui prévu pour les sociétés de téléconsultation, ainsi qu’une traçabilité complète des prescriptions, de leur réalisation jusqu’à la délivrance des équipements optiques ». Objectif affiché : que les ordonnances issues de la télémédecine puissent être clairement identifiées et contrôlées. Annoncé par l’Assurance Maladie, le renforcement des contrôles sur les ordonnances issues de téléexpertises optiques constitue également aux yeux du syndicat « une avancée nécessaire ». Dans cette même logique, ajoute encore le syndicat, « les échanges entre l’Assurance Maladie et les organismes complémentaires doivent permettre de mieux identifier les pratiques frauduleuses, dans le strict respect du secret médical et du RGPD ».
Enfin, on apprend que le conseil d’administration du SNOF n’entend pas en rester à des exhortations. Le dossier prend aussi un tour disciplinaire avec le dépôt d'une plainte ordinale à l’encontre de plusieurs acteurs et prescripteurs de ces sociétés de téléexpertise « dont les pratiques sont susceptibles de contrevenir au cadre médical et réglementaire en vigueur ». Quelles sociétés ? Elles ne sont pas nommément citées. Deux médecins partenaires de ces sociétés sont plus particulièrement ciblés, fait aussi savoir le SNOF. Au Conseil National de l'Ordre des médecins de juger s'il y a manquement, ou non, aux règles de la déontologie.

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