La fatigue visuelle, fléau invisible d’une société du tout-numérique ?
À l’occasion de la Semaine de la Qualité de Vie et des Conditions de Travail (15-19 juin), l’Association nationale pour l’amélioration de la Vue (AsnaV) alerte sur un enjeu qu’elle estime « encore trop souvent sous-estimé » : la santé visuelle dans le cadre professionnel. Car les Français, toujours plus connectés, semblent de plus en plus nombreux à ressentir une fatigue oculaire…
« La fatigue visuelle reste encore l’un des angles morts de la prévention au travail. Investir dans la santé visuelle au travail, c’est agir concrètement pour la performance, la prévention des risques et la qualité de vie. » Ainsi s’exprime l'opticienne Véronique Morin, responsable depuis des années du pôle scientifique, pédagogique et formation de l’Association nationale pour l’amélioration de la Vue (Asnav). À l’occasion de la Semaine de la Qualité de Vie et des Conditions de Travail (15-19 juin), celle-ci entend attirer l’attention, voire tirer la sonnette d’alarme, sur cette problématique largement « sous-estimée », selon elle. Fatigue oculaire, baisse de concentration, maux de tête… « les troubles visuels se situent à des niveaux historiquement élevés », assure l’Asnav qui étaye son constat avec les chiffres de son baromètre de la santé visuelle réalisé par OpinionWay : 32 % des Français déclarent souffrir de fatigue visuelle, soit plus de 10 millions d’actifs concernés.
En cause ? Une surexposition massive aux écrans, évidemment, et trop peu d’activités en extérieur, en situation de lumière naturelle. « La généralisation des outils numériques transforme durablement les conditions de travail. Aujourd’hui, 80 % des emplois du secteur tertiaire impliquent un usage intensif des écrans. Même les ouvriers sont désormais concernés : 35 % utilisent des écrans dans leur activité professionnelle », recontextualise l’Asnav en citant des données issues de l’Insee et de la Dares*. Les télétravailleurs, eux, déclarent à 44 % pâtir de gênes visuelles du type céphalées, vision floue ou yeux secs...
Surtout, on relève un important décalage entre la perception et la réalité de l’utilisation des écrans par les Français. Alors qu’ils estiment passer 4 h 35 par jour devant un écran, l’ensemble des usages les conduit plutôt, en pratique, à une exposition réelle supérieure à… 12 heures quotidiennes. D’où la sur-sollicitation des yeux qui, à la longue, "surchauffent", pour ainsi dire. Le paradoxe c’est que trop de Français ne font pas suffisamment contrôler leur vision : seulement la moitié a consulté au cours des 12 derniers mois. Autre circonstance aggravante : 48 % ne portent pas systématiquement leur correction devant un écran. L’Asnav s’attarde aussi sur le cas des salariés amenés à faire beaucoup de déplacements professionnels : jusqu'à 25 % des conducteurs déclarent présenter un défaut visuel mal ou non corrigé et 68 % ont déjà ressenti une gêne visuelle au volant, notamment la nuit ou par mauvaises conditions météorologiques... D'où l'importance de campagnes de prévention et d'information régulières, en entreprises, pour sensibiliser les salariés au bien-être visuel.
* Dares : Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques.
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