La CNIL pointe les risques potentiels liés aux lunettes connectées et diffuse les bonnes pratiques d’utilisation
Alors que le marché des lunettes connectées se structure rapidement après bien des années de tâtonnements, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) prend position sur le sujet en interrogeant les « enjeux éthiques et sociaux forts » que posent ce type d’équipements.
C’est une prise de parole qui était attendue. En début de semaine, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) s’est positionnée sur le sujet des lunettes connectées, un segment de marché qui se consolide rapidement. Et qui « constitue un nouveau défi pour la vie privée et soulève des enjeux éthiques et sociétaux forts », explique la CNIL qui pointe certains risques potentiels dans l’usage de ces équipements intelligents : « En facilitant la captation de données [sons, images, vidéos_ndlr] à partir d’un objet du quotidien qui n’a, habituellement, pas cette finalité, ces dispositifs présentent un caractère particulièrement intrusif », fait-elle remarquer. L’autorité administrative a d’ailleurs pris le pouls des Français sur ce thème à travers une enquête* dont elle livre les principaux enseignements : « Les résultats montrent qu’une vaste majorité des personnes trouve que les lunettes connectées représentent un risque d’atteinte à la vie privée (67 % des sondés) et font également apparaitre de nombreuses appréhensions vis-à-vis de ces dispositifs : méfiance, malaise, inquiétude voire agacement. Les inquiétudes portent en particulier sur le droit à l’image des personnes et leur consentement, sur les détournements possibles, notamment à l’aide de l’intelligence artificielle (par exemple, avec des hypertrucages), ainsi que sur le devenir des données recueillies avec les lunettes », résume la CNIL dans sa note de synthèse.
Pointant des « enjeux importants en termes de protection de la vie privée », l’autorité administrative craint sérieusement un « risque fort de surveillance du quotidien ». Elle élargit ainsi la focale : « L’essor des lunettes connectées pourrait engendrer un important risque de surveillance généralisée et une forme de banalisation de celle-ci : toute personne pourra potentiellement être équipée d’une caméra dans toutes les sphères publiques (rues, commerces, plages, etc.) et privées (domicile, lieux de travail, etc.). Le coût relativement modéré de ces dispositifs pourrait engendrer une saturation de l'espace social par des capteurs », fait observer la CNIL. Pour elle, des problématiques éthiques et juridiques se font jour, dont la société toute entière doit collectivement se saisir : « De manière générale, l’irruption de ces technologies dans tout espace privé où le respect de l’intimité de la vie privée est la norme, pourrait avoir des conséquences importantes sur les interactions sociales qu’entretiennent les citoyens, voire conduire à des dérives. »
Au regard de l’importance évidente des enjeux juridiques, éthiques et sociétaux que soulève, à certains égards, l’utilisation inadéquate de telle ou telle fonctionnalité des lunettes connectées, la CNIL annonce qu’elle a décidé de lancer des travaux sur leur conformité en matière de protection des données personnelles. Selon elle, les questions juridiques et techniques nécessitent des analyses approfondies. Ces dispositifs se développant au niveau international, elle compte également engager des discussions avec ses homologues européens pour mener ces travaux au niveau du Comité européen de la protection des données (CEPD), la structure qui les réunit et accueille leurs échanges. De même, les enjeux dépassant le cadre de la seule protection des données, la CNIL assure qu’elle va engager des discussions avec d’autres autorités publiques compétentes sur ces questions. En attendant, elle publie une liste des bonnes pratiques pour les utilisateurs de lunettes connectées, sous la forme de six points à respecter :
1. Informez les personnes à proximité lorsque vous utilisez des lunettes connectées.
2. Désactivez les fonctions de captation dès qu’elles ne sont plus utiles.
3. Éteignez vos lunettes connectées toutes les fois où il vous est demandé d’éteindre votre téléphone portable.
4. Évitez d’utiliser les lunettes dans les lieux où les personnes ne s’y attendent pas.
5. Veillez à obtenir leur consentement si vous souhaitez utiliser des photos ou vidéos où elles apparaissent, par exemple pour les publier sur vos réseaux sociaux. Vous devez en effet respecter leur droit à l’image.
6. Réfléchissez avant de partager : une publication, même anodine, peut avoir des effets durables pour les personnes.
* Cette enquête s’est déroulée sous la forme d’un sondage en ligne, du 22 au 29 janvier 2026, auprès d’un échantillon de 2 128 personnes représentatif de la population française âgée de plus de 18 ans.
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