Comme nous vous l’annoncions dès la fin septembre, la Fédération nationale des opticiens de France (FNOF) travaille actuellement à finaliser un manifeste en vue de la présidentielle 2027. À vocation programmatique, ces propositions entendent défendre une certaine vision du métier d’opticien dans le cadre d’un parcours de soins revisité. Hugues Verdier-Davioud (photo), le président du syndicat, nous en dit plus à ce propos...

Fréquence Optic : Votre "Manifeste" est-il formalisé en un document définitif ?

Hugues Verdier-Davioud, président de la FNOF : La Fédération n’a pas encore finalisé son document. La publication interviendra au moment opportun. Elle attend que le contexte politique se clarifie, notamment au regard du nombre de candidats, et tiendra compte des orientations susceptibles d’émerger du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2027 et du Projet de loi de finance en cours.

Pouvez-vous un peu lever le voile sur son contenu ? En quoi consistera-t-il ? 

La Fédération souhaite adopter une posture offensive et constructive, en portant des convictions fortes et des propositions ambitieuses pour réformer l’exercice du métier d’opticien et plus largement. Comme elle l’affirme depuis quelques années, le modèle économique actuel doit évoluer et avec lui l’ensemble du parcours de soin car le système de santé français n’est plus soutenable dans sa forme actuelle et le secteur de l’optique est directement ciblé, par nécessité ou opportunisme. La priorité doit donc rester la qualité du service rendu à la santé visuelle du patient, car c’est elle qui protège notre exercice.

Le moment venu, de quelles façons comptez-vous promouvoir cet ensemble de propositions auprès des candidats ? 

Cela va dépendre des candidats, de la façon dont ils ont structuré leur staff de campagne.

Le GIFO d'un côté, le ROF, le Synom et l'AOF de l'autre... différents acteurs du secteur défendent également leur propre projet. Pourquoi ne pas montrer un front uni avec les syndicats de fabricants et/ou d’opticiens ? N’y a-t-il pas un risque de cacophonie à avancer en ordre dispersé ? 

Contrairement aux précédentes élections présidentielles, où la filière avait présenté un front uni à travers un livre blanc, aucune démarche collective ne semble se dessiner cette année. Étant la dernière à se positionner, la Fédération prend acte de ces stratégies et le regrette autant que ce qu’elles révèlent en réalité. Cette absence d’unité trahit l’existence d’intérêts divergents. Alors que nous sommes, a priori, interdépendants, les industriels d’un côté et une partie (mais une partie seulement) du marché de la distribution de l’autre ont préféré finalement opérer un repli sur eux-mêmes. À croire que le marché de l’un ne dépend pas de la capacité de l’autre et inversement, mais d’un acteur tiers à qui ils auraient confié progressivement leurs destinées depuis quelques années. Le comble serait que cet acteur soit le même et soit amené à arbitrer pour les uns et pour les autres. Alors imaginez si demain, ce même acteur tiers est aussi celui qui finance la santé des Français... Est-ce que cette apparente cacophonie ne serait pas au contraire une clarification salvatrice qui n’a que trop trainé ? La vraie question est donc : et après, on fait quoi ? 

Dans le climat politico-social actuel, ceux qui aspirent à gouverner demain n’auront-ils pas tendance à se focaliser sur les seuls sujets hyper-médiatiques et clivants ? Autrement dit, le thème de la Santé ne risque-t-il pas de "passer à la trappe" ? 

Au contraire, la Santé sera sans doute l’un des sujets les plus clivants. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles elle n’est pas abordée, comme les retraites d’ailleurs. Les candidats savent tous que c’est un sujet où une action forte devra être menée. Elle fait débat depuis des années, les solutions proposées sont nombreuses, et celles déjà adoptées sont inefficientes. Ce dossier, quelles que soient les solutions adoptées et qui que ce soit les adoptera, sera clivant. Pour le moment, chaque candidat essaie de trouver et de conserver sa place. Le premier qui sera honnête sur ces sujets dévissera aussi sec. Autant ne pas se présenter. L’objectif est déjà d’être dans la course finale et de rassembler autour de soi, mais également dans les sondages. Il faudra être là, mais au bon moment. Rien ne sert de courir...

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